photo: S. Ouradou

dimanche 2 mai 2010

Mon intervention à la séance du 18 juin 2009 sur la réussite éducative

Monsieur le Président, Chers collègues, je voudrais en premier lieu replacer nos efforts en termes de réussite éducative dans le contexte politique national. Les politiques gouvernementales conduisent à la sape systématique de l'ensemble du service public avec, entre autres, dans l'Education nationale, la suppression de plus de 10 000 postes à la rentrée prochaine.
Ce désengagement continu et violent de l'Etat sur les politiques éducatives sous couvert d'économies budgétaires est et sera lourd pour l'avenir de nos enfants. Tout le monde connaît l'enjeu essentiel de la transmission, du partage des savoirs, de l'ouverture de l'enfant au monde qui l'entoure, à sa complexité, à l'accès aux cultures… bref, de préparer son avenir dans les meilleures conditions.
Comment imaginer qu'avec moins de professeurs, moins d'adultes dans les établissements, on puisse répondre à ces enjeux d'éducation ?

Quand cela s'accompagne du recul de l'intervention de l'Etat sur la médecine scolaire, les politiques de prévention, les réseaux d'aide aux enfants en difficulté, on ne peut qu'être terriblement inquiet.


Pour dissimuler cette réalité, le ministre Darcos se replie sur le discours sécuritaire et la responsabilisation individuelle. Les difficultés du collège seraient dues à des problèmes de sécurité dans des établissements dits "difficiles" ou de délinquance des mineurs et de décrochage scolaire qui seraient principalement le fait du désinvestissement des parents.

L'exemple le plus marquant de la dernière période est la volonté du ministre d'installer des portiques de sécurité à l'entrée des établissements et de renforcer l'enfermement du collège sur lui-même.

Certes, il ne s'agit pas de nier les problèmes, mais ni les portiques ni les barrières ni la vidéosurveillance des collèges ne donneront de résultat. Au contraire, cela renforce l'idée du jeune potentiellement dangereux qu'il convient de surveiller avec tout le ressenti que cela donne à l'enfant. Quelle confiance accorder à ceux qui feront l'avenir de notre société ?

Nous avons d'ailleurs pu le constater en cinquième commission, lors des auditions sur la jeunesse que nous organisions lorsqu'un collégien de Clichy nous a dit : "Dans mon collège, il y a des barrières partout, je me sens en prison". Cela ne doit-il pas tous nous interpeller ?

Profiter de l'émotion légitime de familles pour des réponses à l'emporte-pièce, sécuritaires et destructrices à long terme, c'est tout ce que nous combattons.

Je souhaitais faire ce préambule car toute notre réflexion sur la politique du Conseil général en matière de réussite éducative se nourrit de ce contexte. Tout d'abord, si nous soutenons pleinement tout ce qui peut concourir, au niveau du Département, à la réussite scolaire, il ne faut jamais oublier, et même rappeler, que cela ne saurait se faire au prix d'un désengagement progressif de l'Education nationale au détriment des collectivités territoriales pour une raison à laquelle nous ne dérogerons jamais : c'est l'Etat qui doit être garant de l'égalité territoriale.

Ensuite, ce que nous proposons de plus doit s'entendre à l'inverse des orientations lourdes de conséquences du Gouvernement que je retraçais précédemment. Œuvrons à ce qui concourt à l'ouverture du collège sur son quartier, travaillons en lien avec tous les partenaires, avec les parents afin de les associer en tant que tels à la réussite de leurs enfants, accélérons sur toutes les préventions.

C'est la raison pour laquelle nous avions approuvé en octobre dernier le lancement des trois nouvelles mesures pour la réussite scolaire proposées par la majorité départementale. Certes, nous nous étions abstenus, pas sur la pertinence des mesures, mais sur la méthode. Nous avions notamment fait le constat du manque de concertation avec les conseillers généraux, les maires, mais aussi avec les premiers intéressés, à savoir les équipes des collèges.

Nous avions regretté que tout parte d'ici dans la mise en application du Conseil général et non du terrain, et cela, dès le choix des établissements-tests. Enfin, nous étions circonspects sur le choix de proposer les trois mesures aux mêmes collèges. Si l'idée d'une synergie était intéressante, il paraissait évident qu'il serait compliqué aux collèges de cumuler les dispositifs vu l'implication que cela demande dans un premier temps.

De plus, il nous semblait plus intéressant de mobiliser un maximum d'établissements, mais j'y reviendrai car ce sont souvent ces fortes interrogations qui ressortent du bilan et qui en font un bilan mitigé.

Je tiens à vous remercier, Monsieur le Président, que nous puissions justement faire un point d'étape en séance car c'était une des demandes fortes exprimées en octobre dernier et, depuis, en cinquième commission. Je dirai donc que le bilan est bon lorsque cela marche bien. Non, ce n'est pas qu'une lapalissade. Je m'explique.

Dans les collèges où l'équipe éducative, la ville, les associations locales, les parents ont été associés dès le lancement et la définition des projets, les résultats sont probants ou vont dans le bon sens. Ailleurs, nous ne pouvons que constater au mieux des résultats en deçà des enjeux, des objectifs ou des budgets dégagés par notre assemblée, au pire, un refus des collèges à s'engager.

Sur le samedi matin, quand seulement 7 des 20 collèges pressentis sont entrés dans le dispositif, cela interpelle. C'était une de nos fortes craintes lors du choix des établissements, non que nous contestions le choix fait, mais parce que cela avait été décidé sans concertation avec les principaux et les conseillers généraux qui connaissent bien les collèges où ils siègent.

Car nous sommes satisfaits lorsque dans un cadre hors temps scolaire sur des activités innovantes sont associés les parents, les élèves, les équipes éducatives et les associations d'éducation populaire.

Le collège s'ouvre et n'est plus un lieu fermé propice aux incompréhensions ou aux malentendus. Les exemples donnés dans le rapport sont en ce sens éloquents. Je me réjouis que les collèges soient demandeurs de valoriser les liens avec le quartier, avec leur environnement, avec les services des villes. C'est ce que nous défendons ardemment et cela va à l'encontre du collège sanctuaire proposé trop souvent comme réponse au défi éducatif.

Nous nous félicitons aussi des propositions d'évolution du dispositif s'appuyant sur le volontariat des équipes éducatives. C'est aussi un gage de transparence dans le choix des collèges et quelle meilleure façon de dépasser les vraies résistances que d'impliquer tous les partenaires ?

A ce titre, un mot sur le travail remarquable des associations qui se sont investies dans le projet. Nous soutenons le souhait d'aller plus loin, mais nous aimerions cependant en savoir un peu plus sur les critères de choix des associations qui vont prévaloir. Ne devrait-on pas construire avec les associations qui le souhaitent un projet partagé par le biais d'une convention tripartie : Conseil général, collège, association ?

Pour ce qui concerne la prévention spécialisée, le dispositif a peiné à se mettre en place et c'est souvent quand le territoire bénéficie déjà d'un travail ancien d'équipe de prévention que les résultats ont été meilleurs. C'est ce partenariat qu'il faut sûrement renforcer mais il y a besoin aussi de favoriser les expériences innovantes, de mieux préciser avec les acteurs de la prévention les missions et sûrement encore plus que pour les deux autres mesures, de travailler à l'engagement de toute l'équipe éducative et pas que des principaux.

Enfin, pour ce qui est de la prise en charge des élèves exclus, c'est plus que jamais une urgence. Nous sommes tous très inquiets de leur modification (?) du décrochage scolaire quand il y a exclusion. Je pense que sur cette question il faut sortir de ce système amplifié depuis des années. Nous devons tous nous remettre en question. Tant que nous ne verrons pas toute exclusion comme un échec, alors nous ne pourrons pas nous mobiliser pleinement sur cette catastrophe éducative.

Ne pourrait-on pas développer le dispositif sur la prévention des exclusions et être beaucoup plus exigeants sur l'implication fondamentale de l'Education nationale et sur leur suivi ? Beaucoup de collèges nous sollicitent sur cette question. Le travail fait en partenariat avec les villes est intéressant ; continuons.

Je conclurai sur un point : pour être encore plus efficace, on aura besoin d'élargir ces dispositifs sur tout le territoire et en écho avec le début de mes propos, nous ne pourrons pas le faire seul. Comment s'engagent l'Etat et l'Education nationale dans ce dispositif ?

Merci.

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